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Depuis plusieurs décennies, l’accès des populations nigériennes à l’énergie demeure une priorité des gouvernements qui se sont succédé. En effet, cette population croît chaque année. Selon le Bureau Central du Recensement (BCR) 2005, cette population s’élève à près de 13 millions d’habitants en 2006. La structure de la population montre une forte proportion de jeunes (47,6% âgés de moins de 15 ans contre 4,5% de plus de 60 ans) et une égalité presque parfaite entre les hommes et les femmes (respectivement 49,9% et 50,1%). Cette population est inégalement répartie sur le territoire, avec une forte pression sur les superficies cultivables de la bande sud-ouest du pays (100 habitants au km2 dans certains départements, contre une moyenne nationale de 8 habitants au Km2). La population se concentre essentiellement dans la frange méridionale du pays (1/4 du territoire national) où vivent 75% des effectifs. Paradoxalement, les régions d’Agadez et de Diffa qui couvrent plus de 2/3 de la superficie totale du pays n’abritent que près de 6% de la population totale.

L’accès à l’énergie un luxe
Force est de constater qu’en dépit du fait qu’elle est nécessaire au développement des activités socio-économiques et au bien-être familial, l’énergie demeure encore un luxe, en dépit des efforts réalisés par les gouvernements qui se sont succédé. Sur le plan de l’accès à l’énergie, le Niger est caractérisé par une faible consommation d’énergie ; celle-ci est estimée par habitant à 0,14 tep contre une moyenne africaine de 0,5 tep.

En effet, la principale source d’éclairage des ménages nigériens demeure le pétrole/paraffine (80,1% des ménages s’éclairent avec ce combustible dont 84,4% en milieu rural et 59,1% en milieu urbain). Le groupe gaz/batteries/bougies/bois constitue la seconde source d’éclairage au Niger avec 10,4% des ménages qui utilisent cette source. L’électricité constitue la troisième source d’éclairage des ménages (7,2%). Ce mode d’éclairage est limité au milieu urbain et concerne 38,7% des ménages. Cependant, on note une relative amélioration de l’accès à l’électricité au cours des dernières années ; le taux d’accès à l’électricité, au niveau national, est ainsi passé de 6,7 % à 9,3% entre 1998 et 2006. Ainsi, cette amélioration de l’accès à l’électricité a été obtenue au prix d’une dépendance accrue du Niger sur le plan énergétique, alors qu’il dispose sur son territoire d’énormes potentialités énergétiques susceptibles d’être valorisées et mises à contribution pour l’essor socio-économique du pays. Il s’agit principalement du charbon minéral, de l’hydroélectricité, du pétrole, de l’uranium et des énergies renouvelables (bioénergie, énergie éolienne, énergie solaire). Toutefois, la quasi-totalité des ménages (96,4%) utilise le bois-énergie et le charbon végétal comme principaux combustibles de cuisine et de chauffage. La faible pénétration de l’électricité et du pétrole lampant, au niveau des ménages, accentue la pression sur les reliques de formations forestières nationales. Selon les statistiques du Ministère de l’Environnement et de la Lutte Contre la Désertification, la seule ville de Niamey consume annuellement près de 300 000 tonnes de bois-énergie. D’une part, la satisfaction des besoins nationaux en bois-énergie et en divers bois de service, occasionne des prélèvements considérables sur les ressources forestières. D’autre part, la production nationale d’électricité (202 GWH en 2005) couvre moins de 50% de la consommation locale d’énergie (438 GWH) ; le déficit étant comblé grâce aux importations d’énergie électrique du Nigeria.

La vision du Président Tandja
En vue de relever les défis liés à l’accès à l’énergie, SEM. Mamadou Tandja, Président de la République, Chef de l’Etat, a mis en route d’importants chantiers énergétiques (Kandadji, Agadem, Salkadamna). De fait, cet engagement concrétisé du Président de la République, conformément à son Programme Politique, fait suite à de multiples actions, initiées en 2001 et visant à réduire la pauvreté, améliorer la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable et la santé des populations nigériennes, lutter contre la désertification et la dégradation des terres.

Les résultats, auxquels est parvenu ce Programme, sont de véritables cas d’école au Niger, dans la région, voire dans le Monde. Pour amplifier les impacts de ce Programme, d’autres actions (électrification rurale, équipements biomédicaux, vaches laitières) ont été initiées et exécutées, en plus de celles qui sont en cours de mise en œuvre. L’amélioration de l’accès énergétique, par systèmes photovoltaïques, constitue une de ces actions de confortation et de consolidation des acquis du Programme spécial du Président de la République. Le succès de cette entreprise réside en plusieurs points soigneusement développés. C’est en ce sens que la stratégie nationale sur les énergies renouvelables s’appuie sur quatre enjeux importants que sont la fourniture de l’énergie à moindre coût en milieu rural pour le développement des activités socio-économiques ; la réduction de la pression sur les ressources en bois-énergie ; la réduction de la dépendance énergétique du Niger et le plan d’action, découlant de cette stratégie, a pour objectif global d’accroître la contribution des énergies renouvelables à la formation du PIB et au développement socio-économique du Niger. Dans cette optique, plusieurs objectifs spécifiques ont été retenus. Il s’agit entre autres de favoriser la promotion des systèmes à énergie renouvelable ; d’alléger les tâches domestiques des femmes rurales ; de réduire la pression sur les ressources forestières et restaurer le potentiel ligneux dégradé ; de promouvoir l’électrification rurale à option sur les énergies renouvelables et de promouvoir l’éducation, la formation, la recherche et le développement en énergies renouvelables. En milieu rural, en plus de l’alimentation énergétique des infrastructures de santé, d’éducation, de communication, cette stratégie vise l’amélioration des conditions d’éclairage et le développement des systèmes d’exhaure, à même de favoriser le développement de l’irrigation et l’accès à l’eau potable.

Un potentiel national en énergies renouvelables très important
Par définition, les énergies renouvelables incluent toutes les énergies issues de l’activité du soleil : soit sous forme de rayonnement direct (énergie solaire), soit par des cycles renouvelés de l’eau (énergie hydroélectrique), du vent (énergie éolienne) et de la biomasse (bois-énergie, bio gaz, résidus agricoles). Elles sont dites renouvelables car elles sont inépuisables. De même, le bois est une source d’énergie renouvelable si cette ressource ligneuse n’est pas exploitée au-delà de ses capacités de régénération. Ainsi, outre la biomasse et l’hydroélectricité, le Niger possède un ensoleillement important sur toute son étendue avec des maxima dans sa partie Nord. L’ensoleillement est assez régulier sauf au cours du mois d’août où il est fortement réduit par la présence de nuages. Les valeurs moyennes mensuelles observées varient de 5 à 7 kWh/m2 par jour, et l’insolation moyenne varie entre 7 et 10 heures par jour. Par ailleurs, le Niger possède de potentiels éoliens intéressants dans le Nord du pays avec une vitesse moyenne de 5 m/s, alors que la vitesse moyenne dans le Sud se situe autour de 2,5 m/s. Dans notre pays, le taux de pénétration des énergies renouvelables (énergie solaire, énergie éolienne, énergie hydraulique et bioénergie) est faible (moins de 0,1% du bilan énergétique national), en dépit de l’énorme potentiel national existant. Les conditions climatiques et géographiques du Niger lui confèrent de grandes potentialités dans le domaine des énergies renouvelables et particulièrement de l’énergie solaire. En effet, le Niger est le pays le plus exposé à l’ensoleillement et au rayonnement solaire de la sous-région.

Applications de l’énergie solaire au Niger
L’énergie solaire peut être exploitée de deux façons. Soit en utilisant son irradiation naturelle pour chauffer un liquide par exemple, soit en utilisant une cellule photovoltaïque pour transformer la lumière reçue du soleil en potentiel électrique. Les progrès scientifiques et techniques réalisés sur la filière photovoltaïque ont donné un haut degré de fiabilité et une plus grande compétitivité par rapport à l’électricité conventionnelle, se traduisant notamment par de faibles coûts de maintenance. En outre, elle est qualitativement et quantitativement adaptée aux besoins ruraux, car étant polyvalente et modulaire. Enfin, c’est une technologie simple et domesticable de production d’énergie propre, sans émissions nuisibles de gaz à effet de serre. Les applications de la micro électricité sont nombreuses et témoignent de la maturité de la technologie photovoltaïque. Au titre des usages, il faut noter les usages dits " spécifiques de l’électricité", dans le domaine de la communication (la téléphonie, l’électronique, la radio et la télé) et l’éclairage ; les usages mécaniques (la force motrice) notamment pour le pompage et la mouture des grains ; les usages thermiques, particulièrement la production de froid et de chaleur artificiels (réfrigération, rafraîchissement de l’air, chauffage de l’eau, séchage de fruits, de légumes et de poissons). La filière thermodynamique est aussi mature, en ce qui concerne la production d’eau chaude et la conservation des aliments après déshydratation par séchage solaire. Les premières utilisations à grande échelle de l’énergie solaire photovoltaïque au Niger ont commencé au milieu des années 1970 avec l’installation de 1 370 postes téléviseurs, alimentés par des modules solaires photovoltaïques, sur toute l’étendue du territoire. A la fin de l’année 1993, la puissance totale atteignait 280 kWc. En 2001, la puissance installée dans le secteur du solaire photovoltaïque est globalement estimée à 435,3 kWc répartis entre les différents sous-secteurs tels que le pompage solaire PV avec 245,1 kWc représentant 56,31% ; la télécommunication (FH-OPT) avec 94,2 kWc représentant 21,6% ; les stations relais TV (ORTN) avec 2,3 kWc, soit 0,5% ; les radios émetteurs-récepteurs stationnaires (autres que ceux utilisés dans les CSI) avec 28,1 kWc, soit 6% ; les télévisions scolaires communautaires avec 5 kWc représentant 1,1% ; les Centres de Santé Intégrés (CSI) avec 37,7 kWc soit 8,7% ; l’éducation avec 5,3 kWc soit 1,2% ; autres installations (privé, balisage, compteurs, météorologie, etc.) représentant 4,59%. L’utilisation la plus importante de l’énergie solaire concerne l’exhaure de l’eau (56,31%), suivie des télécommunications (21,6%). La prépondérance de l’exhaure de l’eau s’explique d’une part, par la fiabilité des équipements et leur degré d’automatisation et, d’autre part, par l’importance du secteur hydraulique pour un pays sahélien comme le Niger où l’eau est une denrée rare et précieuse. D’autres secteurs, tels que celui des télécommunications, a recouru à l’énergie solaire pour l’alimentation des relais de transmission, implantés souvent dans des zones non desservies par le réseau électrique. Mais l’utilisation la plus répandue de l’énergie solaire est le chauffe-eau solaire, dont la promotion est assurée par le Centre National d’Energie Solaire (CNES, ex-ONERSOL). Ce Centre a installé, de 1976 à 1997, quelque 508 chauffe-eau solaires de capacité variant de 200 à 1.000 litres d’eau chaude par jour. Parallèlement au chauffe-eau solaire, le CNES s’est aussi efforcé de promouvoir d’autres applications de l’énergie solaire dont le distillateur, le séchoir et les cuisinières solaires à concentration. Le distillateur permet la production d’eau distillée pour les usages des laboratoires et l’entretien des batteries à solution acide. Les capacités des appareils sont de 10 et 25 litres par jour. Le séchoir permet de sécher les produits alimentaires, à l’abri des mouches et de la poussière, permettant ainsi de garantir aux consommateurs des aliments sains et propres. Quant aux cuisinières solaires, leur diffusion est restée timide, en dépit des efforts réalisés.

Coûts d’installation de systèmes d’énergies renouvelables
Les coûts d’installation de cette technologie sont élevés, voire très élevés en fonction des secteurs. Dans le secteur de l’amélioration du cadre de vie du monde rural, l’UNESCO a estimé, en août 2000, le coût de l’électrification d’un village de 2.500 habitants, selon la méthode du "Village Solaire Intégré" (VIS), comprenant le pompage solaire de l’eau potable (40 litres par personne, par jour et pour un puits ou forage de 20 mètres), l’éclairage des lieux publics, la conservation de vaccins (Santé) et la télécommunication, à 86.000 dollars US (soit environ 60.200.000 FCFA). Dans le secteur de l’éducation, selon les estimations du CNES de novembre 2001, l’éclairage d’une classe comportant un module solaire de 50 Wc, deux réglettes de 18 VV/I2V, une batterie de 60 Ah/12V pour une autonomie de 3 heures, et un régulateur 4A-12V, coûtera 780.167 FCFA. Dans le secteur de la santé, selon les estimations du CNES de novembre 2001, le système d’éclairage comprenant un module solaire de 100 Wc, trois réglettes de 18 VV/12V dans les salles de consultation, d’accouchement et de soins, une batterie de 100 Ah/12V pour une autonomie de 4,5 heures, et un régulateur 8A-12V coûtera 1.357.678 FCFA, tandis que le système de réfrigération sera installé pour un montant de 862.651 FCFA. Ainsi, l’équipement complet d’un Centre de Santé intégré (CSI) sera réalisé pour un montant de 2.220. 329 FCFA. Aujourd’hui, l’une des préoccupations de notre gouvernement est de procurer de l’énergie au secteur rural, sinon de garantir un accès équitable de l’énergie à tous les Nigériens. En témoigne les grands investissements et les grandes réalisations effectués par la Nigelec dans le cadre du volet électrification du Programme spécial du Président de la République. Malgré le handicap lié aux coûts des infrastructures d’installation, l’énergie solaire est une heureuse solution à l’accès des populations rurales nigériennes à l’énergie.

M. S. Abandé Moctar

29 mai 2009
Publié le 29 mai 2009
Source : Sahel Dimanche


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